Hier j'ai eu vingt sept ans. C'est l'heure des bilans, parait-il.
Mais vingt sept ans, c'est quoi ?
C'est un peu bâtard comme âge- comme un cul entre deux chaises, à moitié ferme, à moitié ridé.
Vingt sept, c'est pas l'âge du Christ et c'est sérieux depuis trop longtemps pour être l'âge de Rimbaud.
Vingt sept, c'est encore tellement loin des prouesses de Jeanne ou même de celle de mon grand-père.
Vingt sept, c'est rien quand on regarde le cosmos. A peine un clin d'oeil dans la vie d'une étoile.
Vingt sept ans, c'est surtout dix sept années entre moi et l'enfance. Entre les framboises au bout des doigts, le nez collé à la vitre arrière des voitures, et le labyrinthe institutionnel de la vie d'adulte.
Dix ans que j'ai quitté l'adolescence, que je ne porte plus de manteau noir sur la plage- l'acné cachée sous une mèche de cheveux gras, à lire Nietzsche tout en rêvant de coucher avec Brad Pitt dans « Et au milieu coule une rivière » sinon rien.
Aujourd'hui, bizarrement, je ne comprends plus Nietzsche et Brad a eu un retour de truite un peu difficile.
Alors quoi, il faut faire le bilan ? Il faut tirer des leçons de toutes ces heures passées à avoir peur de grandir tout en ayant hâte d'être une vieille femme avec une canne, qui se fout de tout à part des centaines de livres qui lui reste à lire ?
Bon d'accord, c'est heure des bilans, pi ça me fera un sujet de chronix.
(...)
Vingt sept ans que mon c½ur irrigue mon cerveau pour qu'il puisse fomenter des projets irréalistes, pour que mes doigts caressent de nouveaux visages et que mes jambes me poussent vers de nouveaux voyages.
Tout ce temps pour apprendre à connaître mes parents, pour comprendre que la vie n'est jamais aussi belle que dans un grand bordel, quand les familles se recomposent, que les amis avec qui on jouait au Docteur se marient, ou pire, font des enfants !
Si peu de temps finalement, pour découvrir ce que l'on a au fond de soi, bien caché sous la carapace en titane.
Vingt sept ans, c'est rien non ? Quelques bleus et quelques sourires...
Des coquillettes au Pastis, du bac à sable à la cave du Sblorf... qui est chaude et tamisée comme l'utérus de ma mère...
Finalement, on en revient toujours à ça !
Lolita Sechan